MEDEA

Tragedia flamenca de Pilar Távora, interpretada por la Compañía María del Mar Moreno
Teatro Lope de Vega, Sevilla
6 de octubre 2006

Médée la Colchidienne. Sans réserve. Medea – Μὴ dea ? Divine si. La sans limite, limitée pourtant. Cerclée. Cerceau d’ombres et d’hommes, invisible comme la chair des songes étau qui brûle – brûlera sous le feu sans faim de la maga. Affamé d’homme ? Criure à la toile baissée grille grito – de las gaviotas. L’ailleurs ivre douleur la mer – de femme, mèeux du dol.

Raclure raclement réglure perle sous la corde où métal la guitare étêtée éclair geint qui tue ne pardonne tambourine à même la peau d’âme. La caña. Et le chœur, serpent à sept corps, six bras dansants, deux langues à parler afferrées, sept voix, car toutes crient – Medea !

Mais que paraisse Médée, reine que l’on s’incline femme trahie tirant la commisération des complices compagnes femmes qu’elle paraisse et la huée mure transfigure, soleá, l’horizon de feu dans la nuit puits de scène d’ombre le théâtre est trop petit pour sa fureur qui s’ignore se cherche piaffe dans le noir, circulairement girant piaffant inepte à mesurer la douleur trop sans congruence.

Il est des nuits que l’or des tresses n’aspire ni ne troue : la vengeance de faille mordorée imbiba la frange des songes et la large palpitation de ses ailes, toison d’or filtrée par l’éclair liquide originel des nuits, la pelle di oro vêture devenue, enveloppait l’enchanteresse, vrille souffle, voile et vol, de négation palpable, habit de voie lactée où regagnait son origine par enroulement rétractile la création avec la créature. Car Médée ne sait pas, reine gainée, goncée de velours non pourpre mais rose sombre vulnérable comme vulnérée la reine, vulnée, proie du vulnus, de la blessure, ne sait par quelle sève elle enfle, par la fente irraisonnée de la robe royale, les passementeries ceignant les seins, d’or comme d’or l’invisible diadème, comme dort coule la vengeance dans les veines, âpre, indue, bue par le cercle sectionné de la trop pesante, levée dans les airs, spiralée robe, non plus que la le voile noire noir impuissant fendue jusqu’à mi-cuisse que déchire -ra la colère de l’altive l’inconcevable – Médée, en droite ligne descendante du Soleil.

Mais Jason. Jason pourquoi d’écorce si peulure et veule – piètre pourquoi si pleutre effarouchant l’essaim des filles et non comme Samson puisant sa force dans ses pieds. Et l’estomac vire chaloupe car comment lui ferait-il face ? Si fluet que le tonnerre sur ses épaules effilocherait fibreux son doigt de lumière. Phil-andreux. L’homme étique – peut-être, notion seule, fil de fer de chair et d’os Jason vu du siècle des femmes vidé de son èthos indécrottable pourtant de neos, jeune, jeune homme en quête perpétuelle de mariage-royauté jamais reconquis jusque dans la mort Jason neos perpétuel crispé sur la voussure du destin, rivé. Rive que Médée refuse, l’épouse la mère, suffit-elle pas à l’y arracher ? Homme à femmes plutôt, ce Jason d’Alicante, prêt à séduire à disperser les filles à peu de frais, roneando, creux et imbu, entre cercle et golpe.

De tous côtés, Médée l’excède le balaie, fétu, lui qui n’a rien que ce frêle roseau de corps et la force vide des pieds et des bras fuselés de ciel pour résister aride aux vagues de fureur cosmos aux racines jusqu’aux Enfers vénéneuses griffe arrimée. Le chant l’excède et le balaie. Le cantaor. Poids à faire voler les deux voix frêles de féminine engeance, filles – sa fille même. À lui rien ne résiste, ni le vent. Il est la sagesse, la voix, mais il sermonne. Il est le chant de la conscience – cum scientia – que l’homme ni la femme n’écoute, mais qui vainc. Médée por taranto, Jason por martinetetoná, debla… à quelle racine absente s’est-il adressé ? Le chant qui broie la danse l’abîme dans l’œuf. L’avorte. Gicle, qu’elle – par soubresauts dès que le chant se tait. Car le pleutre n’a pas d’entrailles. Opportuniste et fanfaron. De la seguiriya, le rythme, le compás seul, et que taise, que se taise la guitare. Entre, centre ? triade ? trinité ? l’échelle à contre-couleur additionne la triple langue du destin. Parques, sur chaque marche parquées – et le milieu du ciel est un triangle, d’ombre. Seule, à contre-douleur, Médée, seule laissez-la seule seule à seule avec sa peine sa torturante, grief. Grevée du mal de l’homme, trahie dans le plein-flanc du don et frappant le centre du don, ses fils. Leurs. Ses. Que pas d’elle on ne rie. Grevée de deuil futur. Médée. Bannie. Les bâtons comme des chandelles et les chandelles comme bois qui s’entrechoquent comme la loi de l’exil. Candelas pour une divinité sans voix, rang de cierges, arme pour les larmes des femmes. Femme murée dedans-dehors. Sur fond de palos la tirade médéienne éclaterait grenade en taranto suspendu retenu brisé comme se brise la vague se brise l’avenir la vie. Créon fléchir Créon masque à l’écran immense absent de toute absence minime comme Créuse l’un de l’autre miroir. Medea, déjate guíar – la voix du conseil pleure comme rosée de sang sur l’inflexible – qu’elle fléchisse un à un trois homme trop bêtes trois victimes d’elle seule l’implacable, Créon, Égée, Jason, ils sont si bêtes, s’efface, seul Jason, au fil de son propre rasoir, les enfants. L’empoisonnement, l’incantation, Médée la vénéneuse, maîtresse des charmes reine des poisons, en une voix jadis se subsumèrent, l’autre du Chant, chemin, caresse sur le couteau du rêve, pulpe de verre où les frissons se noyèrent de la nuit l’apparition, parcelle et fil d’éternité le chant de l’âme arabique s’effilant lorsque la voix retint sur le cercle du crime l’enchanteresse – rien, suspens, vide réversible en plein centre irrévocable puits du crime qui libère – -ra-t-il – l’âme ? Petenera. L’homme en pleine irruption contre la femme passion-lutte passion-proie écho à l’ivresse por soleá de la maga se découvrant trahie. L’arme du duel ? Soleá por bulería, double corps de la haine l’amour, vengeance possession puñal de doble fila s’annulent se recréent. La lutte telle qu’aucun duo ne se vit. Duel où les énergies s’assaillant s’équiparent se neutralisent l’une à l’autre violence égale déchire vêtements visages mots.

Et la tragédie – traître, fielleuse duel de voix où la danse atomisée se fragmente en discours – file vers sa fin vers le surenchérissement d’er-reur -rance hor-… Seul le non-dit. Ensevelie l’horreur dénaturante choisie outrée – le chant d’Antonio Malena enveloppe berce ouvre déchire les entrailles de la mère María Medea jusqu’à renverser le meurtre en martyre – meurt le crime dans les flammes de Créuse de Créon du palais – Jason trop tard venu à la raison du chant, naissant à lui, danse hantée entée par lui trans- dé- figurée, disparaît sans avoir que symboliquement connu le goût expié du meurtre. Disparu englouti comme le monde antique derrière les grilles qui tombent de l’exil tombent derrière lesquelles hurler femmes aux hommes du public réfugiées au confort de ceux qui spectateurs dehors se découvrent munis dedans impies rejetant les rescapés du crime, de l’abîme, cruauté du monde Médée rédemptrice dans la cage prison de l’aujourd’hui. Que l’euripidéen tropos de la vengeance devienne ligne droite addition de douleur poignard raide-perçant en plein cœur le complice extrême le public pris prenant parti coi dénoncé rugueux conquis et transporté – Pilar Távora – l’actuelle douleur du monde. Médée moderne. Raidie.

Delà la tragédie reste le cri. Ayyy. Ayyy. Ayyy. Le triple cri blessant archange l’azur flèche où se co-engendrent les voix, qui se transmet, d’homme à femme, de voix à voix, n’excluant que fantoche Jason l’inexistant, flambeau du cri, Hécate et la conscience, Médée nouée à ses entrailles, l’autre aux sources de l’un jusqu’à la nana au cabal s’enroulant au pleur d’arabique beauté – trigramme de l’échelle tableau d’éternité – immobile tension de l’ailleurs de l’ici, du jamais. M é d i t e r r a n é e.

No terelo más puerta aonde llamar